Comment facturer la prescription mobilier
La prescription est un travail à part entière, souvent offert en supplément d'une mission de conception. Voici les quatre modèles de rémunération pratiqués, et ce qu'ils impliquent réellement.
Précision utile avant de commencer : les éléments ci-dessous décrivent des pratiques courantes de la profession, ils ne constituent pas un conseil juridique ou comptable. Pour la rédaction de vos contrats et le traitement fiscal des sommes perçues, l'avis d'un expert-comptable reste indispensable.
Pourquoi la prescription se facture mal
La prescription mobilier souffre d'un problème de visibilité. Le client voit le résultat — une liste de meubles — sans percevoir le travail qui y mène : la recherche, les arbitrages de style, la vérification des dimensions, la comparaison des délais, la cohérence d'ensemble.
Ce décalage explique la phrase que tout prescripteur a déjà entendue : « mais vous avez juste choisi des meubles ». D'où l'importance de nommer et de chiffrer cette mission séparément, plutôt que de la fondre dans un forfait de conception.
Modèle 1 — Le pourcentage du budget mobilier
Vous facturez un pourcentage du montant total prescrit. C'est le modèle le plus répandu en résidentiel haut de gamme.
Ce qui marche
- Simple à expliquer et à comprendre.
- La rémunération suit l'ampleur du projet : un appartement meublé intégralement rapporte davantage qu'une pièce unique.
Le piège
Il installe un conflit d'intérêts apparent : plus vous prescrivez cher, plus vous gagnez. Un client attentif le remarquera. Deux parades : afficher le pourcentage dès le devis, et accepter que le client arbitre à la baisse sans que cela change votre implication.
Attention aussi aux projets à petit budget : un pourcentage sur une prescription modeste ne couvre pas le temps passé, qui lui ne diminue pas proportionnellement.
Modèle 2 — Le forfait par pièce ou par projet
Un montant fixe, défini à l'avance, indépendant du budget mobilier.
Ce qui marche
- Aucune ambiguïté sur vos motivations : vous êtes payé pareil que le client dépense 15 000 € ou 60 000 €.
- Le client sait exactement ce qu'il paie, ce qui facilite la signature.
- Vous pouvez le décliner par pièce, ce qui permet au client d'étaler la mission.
Le piège
Le forfait ne protège que si son périmètre est écrit. Sans limite au nombre d'allers-retours, un projet peut absorber trois fois le temps prévu. La clause qui sauve : préciser le nombre de propositions incluses (souvent deux), et le tarif horaire des révisions au-delà.
Modèle 3 — Le temps passé
Un taux horaire ou journalier, facturé sur relevé.
Ce qui marche
C'est le plus juste des quatre : vous êtes payé pour ce que vous faites réellement, et un client indécis paie son indécision.
Le piège
Il demande une discipline de suivi que peu de gens tiennent, et il inquiète le client, qui n'a aucune visibilité sur le total. Il fonctionne surtout avec des clients déjà installés dans la relation, ou en complément d'un forfait pour les demandes hors périmètre.
Un effet pervers à connaître : le temps passé pénalise l'efficacité. Plus vous êtes rapide, moins vous gagnez — ce qui n'encourage pas à s'outiller.
Modèle 4 — La remise fournisseur (rétrocommission)
Vous achetez au tarif professionnel et revendez au client au tarif public, en conservant la marge. Ou vous percevez une commission du fournisseur.
Ce qui marche
Le client a l'impression de ne rien payer pour la prescription, ce qui lève une objection commerciale.
Le piège — et il est sérieux
C'est le modèle qui expose le plus. Il vous transforme en revendeur, avec ce que cela implique : responsabilité sur la conformité et les délais de livraison, gestion des litiges, avance de trésorerie, obligations comptables différentes.
S'y ajoute une exigence de transparence : un client qui découvre après coup une commission non annoncée perd confiance, et la question de l'obligation d'information se pose. Là encore, l'avis d'un expert-comptable et un contrat clair ne sont pas optionnels.
Le modèle mixte, en pratique
La plupart des prescripteurs installés combinent : un forfait de prescription pour le travail de conception et de mise en forme, complété par un tarif horaire pour les révisions au-delà du périmètre.
Cette combinaison a un mérite : elle sépare clairement ce qui est un livrable (le descriptif) de ce qui est un service continu (l'accompagnement). Le client comprend qu'il achète un document, puis du temps.
Ce qui change la perception du prix
À montant égal, un même honoraire passe très différemment selon ce que le client reçoit en face.
- Un document qui a l'air d'un livrable. Un tableau Excel imprimé et un descriptif cartouché à l'en-tête de l'agence ne justifient pas le même honoraire, à contenu identique.
- Des sous-totaux par pièce. Ils déplacent la discussion : le client arbitre son budget au lieu de contester le vôtre.
- Des délais annoncés en dates. C'est une information qu'il ne peut pas obtenir seul sans ouvrir trente sites, et qui rend le service tangible.
- Un indice de révision. Il matérialise le travail entre deux versions — donc ce que coûtent les allers-retours.
Une question à se poser
Si la production du descriptif vous prend une journée entière de saisie, ce temps est facturé au client d'une manière ou d'une autre — en honoraires, ou en marge non réalisée sur un forfait. Réduire ce temps ne diminue pas la valeur de la mission : cela améliore votre taux horaire réel, ou libère de la capacité pour un projet de plus.
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